Être français hors de France : ce qui change vraiment !

Ayant vécu dans plusieurs villes européennes, pour mes études ou expériences professionnelles, j’ai longtemps aimé le sentiment de liberté lié à la vie à l’étranger. Apprendre à vivre différemment qu’en France pour s’adapter à la culture locale, faire des activités nouvelles, rencontrer des personnes adorables avec des valeurs et modes de vie qui me sont inhabituels. Plus le temps passe et plus je m’adapte et prends plaisir à redécouvrir la culture locale en l’intégrant à mon quotidien.

vaincre-la-procrastination

Et puis un jour je réalise que j’ai pas mal changé. Je suis française oui, ma carte d’identité me le rappelle, ma famille, mon passé, mon accent … mais je me sens de plus en plus différente, je ne suis plus la française lambda que j’incarnais avant (malgré moi et sans m’en rendre compte).

Comment une française questionne son sentiment d’appartenance depuis qu’elle est loin de son pays natal !

Loin des yeux, loin du coeur…

Quand je rentre en France, l’atmosphère ne m’est plus familière

Souvent quand je rentre en France, je suis surprise par ce que j’y trouve. Les discours sont relativement pessimistes, râleurs, moroses. Je suis étonnée par la vision de mes compatriotes notamment en terme de mode de vie, d’économie, de politique ; une vision souvent négative que j’avais l’habitude de côtoyer mais qui aujourd’hui me semble étrangère. Je vis en Espagne, et bien que la situation économique et politique n’est pas vraiment à envier, je ne perçois pas cette ambiance pesante. A la longue, je pense qu’elle nuit au bien-être des individus. En tout cas, quand je reste plus d’une semaine en France, c’est ce qu’elle fait sur moi.

Je n’ai plus accès aux médias français

Lorsque j’essaie de me connecter à une chaîne de télévision française, j’ai droit au message « le contenu auquel vous essayez d’accéder n’est pas disponible dans votre zone géographique ». Je suis donc exclue de nombreuses actualités et événements culturels. Résultat : je suis déconnectée de la culture française. Quand j’entends Kenji ou Black M, ou qu’on me dit d’aller voir un super film avec Louane, il faut m’expliquer de quoi on me parle. Ça peut paraître futile pour certains mais ça renforce mon éloignement avec la culture française.

Je dis « les français » au lieu de « nous, les français »

Travaillant dans une entreprise internationale à Madrid ayant un très gros site en France, je suis en contact permanent avec des français. Quand nous commençons à discuter avec mes collègues basés à Madrid des personnes avec qui nous collaborons en France, les conversations auxquelles je participe sont souvent de la forme suivante « les français sont » au lieu de « nous, les français ». Comme si ces gens étaient différents de moi, qu’on parlait de personnes ayant des caractéristiques communes puisqu’elles sont d’un même pays alors que moi qui suis française je ne me m’intègre pas. C’est bizarre mais c’est pourtant naturel aujourd’hui de m’auto-exclure de la masse, me sentant à l’écart et différente du reste de la population vivant en France.

…ce proverbe est bien menteur, car, malgrès la distance, c’est à toi que je pense !

Les ambiances françaises à l’étranger me font sentir « comme à la maison »

Dans la famille contradictoire, j’appelle Audrey. Oui, bien que je me sente parfois dans un pays étranger quand je suis en France, rencontrer des français à l’étranger et faire des activités culturelles françaises, me fait sentir « comme à la maison ». Ainsi, j’ai été au concert de Skip the Use à Madrid en Mars dernier et j’ai juste adoré pouvoir vivre cet événement culturel dans mon pays d’accueil actuel. Je me suis sentie comme en France ! De plus, quand une amie me dit « ça te dit une soirée raclette ce weekend ? », j’ai les yeux qui pétillent et ça me replonge direct en France.  Enfin, quand je découvre que je peux prendre des cours de yoga en Français à Madrid je saute direct sur l’occasion pour partager quelques temps et activités avec des gens « comme moi » (alors que je viens de dire que je me sens exclue quand on parle « des français »… logique quoi).

Je réponds fièrement « je suis française » quand on me demande d’où je viens

S’il y a bien une question qu’on me demande fréquemment c’est d’où je viens. Et bien sûr, quand on me pose cette question je n’ai aucun problème, ni aucune hésitation à répondre que je suis Française ! Pourquoi ? Parce que je suis française et qu’il n’y a aucun doute à avoir. Bien que je vive pendant un bon moment à l’étranger et même avec des efforts sur-humains en langues et en restant des dizaines d’années sur un territoire étranger je ne pense pas un jour être autre chose que française, même avec une double nationalité ! Alors, pourquoi j’en doute le reste du temps ? Je ne sais pas !

Je suis davantage sensible à l’actualité française que locale

Même si je lis l’actualité mondiale en général, j’avoue être plus sensible à l’actualité française qu’espagnole par exemple. Il n’y a qu’à voir le drame qui s’est produit à Paris il y a quelques jours, j’ai de suite ressenti qu’on s’attaquait à ma patrie, ma nation, mes valeurs. Pourtant, je suis loin de la France, et je n’ai pas mis les pieds à Paris depuis plusieurs années. Je lis France 24 et non El Pais pourtant, vivant en Espagne, je suis certainement plus sujette à être concernée par l’actualité espagnole que française.


Suis-je toujours française ?

C’est bel et bien cette hésitation à laquelle j’ai à faire au quotidien, à croire que le statut « français à l’étranger » est un statut nouveau qui diffère du statut de français.

Vers une nouvelle approche…

Comme Mimi Ikonn, je devrais me qualifier de « global citizen » ou d’habitant du monde ! En somme, c’est une belle approche, que je trouve moderne et positive. Je suis française c’est vrai, mais mon sentiment d’appartenance est avec le monde ! Cette vision permet de ne pas se comparer ou de s’exclure et de profiter des richesses que nous amène chaque culture, chaque pays, chaque personne sans se soucier de leur ou de notre nationalité !

Je suis française, j'habite en Espagne mais plus 
important encore, je suis une citoyenne du monde !
9 filles des 4 coins du monde - MBM Strathclyde 2011/2012
Mes anciennes classmates et moi. 9 filles, 7 nationalités, 9 citoyennes du monde ? – MBM Strathclyde 2011/2012

Et toi, en déménageant à l’étranger t’es-tu senti(e) t’éloigner de la France et de ton statut de Français ? Comment l’as-tu vécu ?

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4 commentaires

  1. Je confirme, je me sens aussi une francaise de l’étranger, bien plus qu’une francaise tout court. Mais c’est peu etre aussi lié au fait que j’ai grandit dans cette situation. Mon copain a trouvé ca incroyable de me voir comme un poisson dans l’eau quand on est arrivés en Allemagne. Il faut dire que entre Lomé au Togo et Munich en Bavière, il y a peu de points communs! Mais me retrouver dans une communauté d’expatriés m’a donné l’impression d’avoir retrouvé ma place.
    Et puis je trouve que la France est un pays parfait pour passer ses vacances 😉

    1. Bravo pour ton adaptation rapide en Allemagne !
      Je suis d’accord avec toi, finalement la communauté d’expatriés est celle à laquelle on se sent le plus appartenir (on a beaucoup de caractéristiques communes même si les expatriés n’ont pas la même nationalités).
      Et puis c’est vrai que pour passer des vacances la France est un beau pays avec une très grande richesse culturelle.

  2. Ton article reflète tout ce que je pense de la situation de Française à l’étranger ! Ce qui m’a le plus attirée dans ton discours, c’est le « Je n’ai plus accès aux médias français ». Vendredi soir, quand je voulais voir les infos françaises en direct pour comprendre ce qu’il se passait, je me suis retrouvée démunie. Heureusement que BBC News relayait les infos en direct ! C’est un peu comme si notre pays nous mettait à l’écart, comme pour nous punir d’être parti.. Je ne me sens plus complètement française et pourtant, quand la France est attaquée, c’est MON pays pour lequel j’ai peur. Je suis française et fière de l’être. Mais je suis davantage une française à l’étranger qu’une française tout court.

    Et tu n’es pas la seule dont les yeux pétillent à l’idée d’une soirée raclette ! 😉

    Merci pour ce bel article ! xx

    1. Merci pour ton commentaire Ophélie. Je suis contente de voir qu’on a une vision commune sur le sujet. Ça me rassure, je me dis que mes frustrations sont légitimes (car des fois je me dis que j’exagère peut être un peu).

      Mais bon, je pense qu’on est aussi d’accord sur le fait qu’aucun déménagement ne pourra nous enlever la France du cœur. On vit dans un autre contexte certes, mais nous gardons notre nationalité et en sommes fières 🙂

      Alors vive les soirées raclette (même sans « A la recherche de la nouvelle star ») !

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