Madrid : Bilan après 2 ans d’expatriation

Cela fait aujourd’hui 2 ans jour pour jour que je me suis expatriée à Madrid. Fin 2013, avec 2 Masters en Management en poche, après 3 mois de recherche d’emploi et une cinquantaine de CVs envoyés en Irlande, au  Royaume-Uni et en Espagne j’avais enfin trouvé une opportunité professionnelle qui me plaisait. Je visais à la base les villes de Dublin et Barcelone et je n’avais postulé qu’à une seule offre à Madrid, non pas pour la ville, mais car l’entreprise qui proposait une offre m’intéressait beaucoup et proposait un poste intéressant. Et pourtant, c’est cette unique candidature qui a fait la différence puisque c’est elle qui m’a permis de m’expatrier à Madrid.

smiling in Madrid

Lorsque je suis arrivée à Madrid, c’était sans prétention. Mon ambition était simple : entrer dans la vie active et dans un pays étranger pour profiter d’une nouvelle expérience à l’international. L’emploi proposé me semblait très intéressant mais les conditions  financières offertes n’étaient pas du tout à la hauteur de mes espérances …mais après tout, le salaire ne fait pas tout. Je l’ai pris comme un tremplin, pour moi l’essentiel était de voler de mes propres ailes, partir de chez mes parents, commencer à être un minimum indépendante, ajouter une jolie expérience sur mon CV avec l’espoir de trouver un job durable à Madrid… ou ailleurs. Et pourtant, voilà maintenant 2 ans que j’y habite, et je suis aujourd’hui installée pour encore quelques années certainement.

C’est donc l’heure de faire un premier bilan !

Les débuts

Un aménagement à Madrid sans trop d’encombrements

Premier point positif, Madrid se trouve à 4h30min de route de ma ville natale. L’aménagement a donc pu se faire en voiture sans trop de problèmes. J’ai aussi réalisé que c’était une réel avantage puisque rentrer chez moi de temps en temps allaient être relativement facile (en tout cas plus que si je déménageais à Paris). De plus, j’ai eu la chance d’avoir mon ami qui avait un appartement de famille dans cette ville pour m’héberger à moindre frais au début (ça a largement contribué à mon choix d’accepter l’offre à Madrid). La recherche d’appartement n’a donc pas été un problème initialement, en plus le 6 et le 8 décembre étant fériés en Espagne, j’ai eu assez de jours pour m’installer avant mon premier jour de travail et de l’aide dans l’installation.

Une entreprise agréable et idéalement située

batiment entreprise madridMon entreprise est située dans un quartier résidentiel, pas trop au centre mais relativement accessible et bien reliée en transports en commun3 lignes de métro aux alentours et quelques bus. Unique bâtiment d’affaire au milieu de résidences et petits commerces, on ne peut pas le louper. Ce building de 13 étages entièrement en verre impressionne au premier abord à tel point que je me suis sentie valorisée de me dire que j’allais travailler dans un tel environnement.

Des premiers jours de travail positifs

Mon premier jour, je croise rapidement une fille qui semble être nouvelle elle aussi, je ne lui parle pas mais l’observe en me disant qu’on est dans le même bateau. Le lendemain je la recroise, on fait connaissance, aujourd’hui c’est une très bonne amie. Mon manager vient me chercher et me présente à mon équipe. Des personnes de toutes nationalités se présentent à tour de rôle et me souhaitent la bienvenue. Certains me font directement la bise, je suis surprise, mais j’apprends plus tard que c’est une habitude professionnelle espagnole répandue ! Je me perds dans les couloirs de l’entreprise et admire la jeunesse des employés, la variété des profils, le nombre de langues différentes parlées dans l’ascenseur, la liberté dont bénéficie les employés et l’optimisme dont ils font part quand ils te parlent de l’entreprise ou de leur job. Ça m’inspire…

Des gens ouverts et sympathiques

smoothie-madridUne chose qui m’a largement surprise mes premiers jours à Madrid est la sympathie des habitants. J’ai pourtant beaucoup eu à faire à des espagnols dans mon passée mais en y réfléchissant ils étaient pour la plupart ou basques ou catalans... Ces deux cultures sont souvent qualifiées de moins accueillantes par les espagnols eux-même. A Madrid, je trouve que les gens sont patients, ouverts, proposent leur aide spontanément même sans connaître beaucoup de chose de nous. Je me rappelle, une de mes premières connaissances dans l’entreprise me proposant de m’accompagner faire les démarches administratives avec moi de manière spontanée ou de m’accompagner dans les magasins de proximités pour expliquer mon besoin aux commerçants. Cette personne est devenue très rapidement une amie et par ailleurs est la personne qui m’a formée aux techniques SEO. C’est l’exemple le plus flagrant mais c’est un exemple parmi d’autres puisque j’ai aujourd’hui de nombreux amis ou connaissances tout aussi sympas et agréables.

Un peu trop de démarches administratives

Tout ne pouvait pas être rose évidemment. Malgré la proximité de l’Espagne avec la France, il y a pas mal de démarches administratives à effectuer et les explications sont loin d’être claires. Demander un numéro d’identité espagnol, s’enregistrer à la sécu, s’inscrire à la mairie, déclarer ses impôts, demander sa carte de sécurité sociale… Et tout ça sans possibilité de le faire en ligne la plupart du temps, pas de possibilité de délégation et face à face avec des interlocuteurs qui ne parlent pas une autre langue que l’espagnol et surtout avec des bureaux ouverts de 9h à 13h du lundi au vendredi… autant dire qu’il m’a fallu des mois avant d’avoir tout réglé (d’ailleurs 2 ans après, j’ai toujours quelques démarches à effectuer) !

L’espagnol à ré-apprivoiser au quotidien

N’ayant jamais eu à pratiquer l’espagnol en immersion totale (même lors de mon stage à Barcelone, la langue de travail était l’anglais), j’ai souvent eu recourt à l’anglais pour me faire comprendre. Réapprendre à parler l’espagnol au quotidien pour se faire comprendre a été un challenge au début mais facilement surmontable grâce à la sympathie des locaux mentionnée juste au dessus. Ils ne jugent pas, sont patients et du coup on surmonte rapidement nos difficultés. En plus, mon entreprise a des bénévoles qui offrent gratuitement des cours deux fois par semaine ce qui m’a permis de me remettre rapidement dans le bain. Avec quelques bases, on se débrouille rapidement en espagnol, mais la grammaire prend du temps à être correctement assimilée et ça reste encore aujourd’hui un de mes principaux problèmes.

Et après quelques mois…

Je me suis sentie rapidement chez moi

A Madrid, la culture locale facilite ballade-velo-madridl’intégration. Boire un verre en terrasse, se balader dans un parc ou dans les jolis quartiers de la ville à n’importe quelle heure de la journée en fait une ville agréable à vivre au quotidien. Les gens sont ouverts, chacun semble libre de faire ce qu’il veut et les
discriminations sont peu visibles. La communauté gay semble par exemple parfaitement intégrée et acceptée ce qui n’est pas toujours le cas en Espagne, pays encore très catholique. Des gens de tous ages entament une conversation avec toi, au supermarché ou dans le bus pendant que d’autres te demandent des directions dans la rue. Les habitants ne sont pas méfiants, au contraire, ils font rapidement confiance et semblent vivre sereinement malgré le fait qu’ils vivent dans une capitale. Et au quotidien, c’est juste super agréable !

 

Je me suis habituée aux coutumes

En tant qu’habitants de pays méditerranéen, les espagnols parlent beaucoup, mais l’interprétation de leur parole est à apprivoiser. Un « non »  peut facilement se transformer en « oui » car il est arrive souvent que cette réponse soit peu fondée (flemme de chercher donc on dit « non », petite négociation et c’est bon etc…). De plus, un 10h peut être un 10h20 sans que personne n’ait à se justifier comme un « je te fais ça aujourd’hui » peut être un « je te fais ça dans la semaine » voire même « dans un mois » car oui, en Espagne, on n’est pas pressé… Du coup, ça me permet de déstresser au quotidien.

J’apprécie avoir du soleil toute l’année

soleil-madrid-LagoEtant originaire du pays basque et ayant vécu en Irlande et au Royaume-Uni, je suis plutôt habituée aux climats humides, pluvieux voire froids. A Madrid le ciel gris est quasi-inexistant au même titre que la pluie. Du coup mon passé me fait apprécier particulièrement cette ville. Ce climat relativement chaud et ensoleillé met de bonne humeur. On comprend pourquoi la ville est peuplée de gens qui profitent du soleil en terrasse ou en ballade dans la rue toute l’année !

 

Mais… il y a toujours un (ou des) mais

Les opportunités professionnelles restent limitées

Madrid est la capitale de l’Espagne mais il semble que ce soit à Barcelone que les entreprises internationales aiment s’installer voire dans d’autres pays d’Europe. Mon emploi actuel me plait et m’offre les challenges que je recherche, par contre sur le long terme, les opportunités professionnelles semblent limitées dans cette ville. Les entreprises à Madrid sont très espagnoles et le marché professionnel ne semble pas très dynamique. Je ne parle pas non plus des salaires qui ne décollent pas beaucoup et ne sont pas très compétitifs par rapport à d’autres villes équivalentes. Pour l’instant je ne suis pas très impactée mais à voir si je continue à trouver mon compte au fil des années

pollution-madridLes pics de pollution fréquents

Le fait que Madrid soit une capitale avec du soleil toute l’année et peu de pluie en fait une ville particulièrement sensible à la pollution. Sans compter que les Madrilènes aiment beaucoup utiliser la voiture. On se retrouve donc souvent en pic de pollution qui durent plusieurs jours (voire semaines) pendant lesquels l’air est difficilement respirables et il faut rester au maximum barricadé chez soi pour ne pas souffrir… Pas top pour une ville où les gens aiment vivre dehors.

L’éloignement avec la mer

Comme toute personne originaire d’une ville côtière, l’éloignement avec la mer ou l’océan me manque rapidement. Être a plusieurs centaines de kilomètres de l’Atlantique ou de la Méditerranée est l’un des gros points négatifs de cette ville. Mais bon avec tous les avantages citées auparavant, je ne vais pas me plaindre, on ne peut pas tout avoir. Surtout que Ryanair propose des vols low-cost dans des villes balnéaires au top et ce toute l’année à des prix compétifs (Porto aller/retour en mai : 50€ – Lanzarote aller/retour en avril : 70€).


 

En conclusion

Mes deux années à Madrid sont passées à une vitesse folle ! J’ai profité de chaque instant et ai appris à découvrir les richesses de la ville. Aujourd’hui je m’y sens comme chez moi. Moi qui n’avais jamais considéré vivre à Madrid un jour, je suis heureuse d’avoir accepté cette opportunité professionnelle qui m’a non seulement fait découvrir une ville exceptionnelle mais aussi agréable à vivre sur le long terme.

En plus, j’ai eu la chance d’obtenir une promotion après quelques mois et surtout de me voir offrir un CDI à un super poste dans la même boite. Je ne sais pas si le destin à quelque chose à voir la dedans mais je suis ravie de la tournure qu’à pris ma carrière mais aussi et surtout de me sentir bien ici, au quotidien. Mon bilan de ces 2 années à Madrid et donc très positif et j’attends de voir ce que l’avenir me réserve dorénavant !

Et toi, quel est ton bilan après plusieurs années d’expatriation ? Es-tu content(e) de ton choix ? Quels aspects regrettes-tu ?

 

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15 commentaires

  1. Quel bon bilan, Audrey ! J’ai découvert ton blog par le blog de Nomad’s heart et je suis ravie de le suivre. Je suis Allemande et avec mon mari et notre fille nous avons déménagé de Berlin à Port-au-Prince il y a trois mois. Quel changement! J’écris également un blog mais je suis encore en train de le « professionaliser » un peu. Bon courage pour ta prochaine année madrilène!

    1. Merci pour ton petit message Stefanie (auquel je n’ai pas pris le temps de répondre avant). C’est sûr que ça doit être un sacré changement. J’espère lire un article bilan sur ton blog dans quelques mois alors 🙂 Bonne continuation.

  2. Je viens de découvrir ton blog (et abonnée par la même occasion sur HC), j’aime beaucoup, ça fait plaisir de lire un bilan d’expatriation aussi positif 🙂 (moi je vois plutôt les mauvais côtés en ce moment)

    1. Merci pour ce gentil commentaire. J’ai été faire un tour sur ton blog et j’aime beaucoup ton univers. L’expatriation est un challenge, on peut avoir des moments de doute. C’est pour ça que je me suis dit que c’était important de faire un bilan, ça m’a forcé à me poser des questions et peser le pour et le contre ! J’ai de la chance, Madrid est une ville agréable, mais je ne sais pas si mon expérience aurait été si positive autre part, même dans les mêmes conditions ! Bon courage 😀

  3. Joli bilan ! Pour la langue, t’inquiètes, on progresse au fil des ans. Par contre, la progression connaît aussi des paliers, des moments plus ou moins longs où on a l’impression de stagner et puis, un jour on se rend compte que « tiens, je maîtrise ça maintenant ». Et ce qui fait beaucoup, c’est clairement d’avoir des amis espagnols qu’on voit régulièrement (ma première année en Espagne, je passais quasi tous mes temps libres avec des francophones, surtout au début, quand en sortant du boulot, je n’en pouvais plus, il me fallait revenir au français, la deuxième année aussi mais déjà moins et la troisième année, tous mes amis francophones étant rentrés, je ne parlais français que quand j’appelais mes parents ou mes amis ou sur internet). Donc, petit à petit, ça viendra 😉

    1. Tu as raison, la langue s’apprivoise petit à petit mais dans mon cas c’est l’anglais qui m’empêche de parler en Espagnol car c’est la langue de travail dans mon entreprise. Du coup, beaucoup de mes amis actuels travaillent dans ma boîte et certains sont pas espagnols non plus donc je parle anglais au quotidien. Mais j’ai observé de gros progrès tout de même pendant ces 2 ans. Aujourd’hui, je parle espagnol « couramment » j’ai parfois quelques hésitations mais j’arrive à entretenir des conversations facilement alors qu’à mon arrivée c’était très dur pour moi de m’exprimer. En tout cas, merci pour ton petit commentaire, il fait plaisir 🙂

  4. Très bonne idée d’article ce bilan, et merci pour le partage! Ça fait du bien de voir qu’il y a toujours des avantages et des inconvénients et que même en étant satisfait de sa situation, il y a toujours des petites choses qui nous manquent… Pour ma part je suis expat en Allemagne depuis septembre 2009 et j’ai déjà travaillé dans 3 entreprises différentes. Au niveau des opportunités de carrière, c’est moins évident de trouver des postes intéressants pour lesquels les locaux ne seraient pas qualifiés. Cela dit, lorsqu’il y a une opportunité pour laquelle une personne de langue maternelle française est recherchée, il y a moins de concurrence qu’à Paris par exemple 🙂

    1. Tu as raison Mélanie, être français à l’étranger est une force à prendre en compte quand on est à la recherche de nouvelles opportunités. Bravo pour ton évolution professionnelle, 3 boites depuis 2009, c’est une sacrée progression. Je pense que l’Allemagne a un marché de l’emploi plus dynamique que l’Espagne ; mais en même temps, j’avoue ne pas avoir tenté ma chance depuis que j’ai rejoint mon entreprise actuelle. Peut-être que je serai surprise 😀

      1. J’ai aussi changé trois fois d’entreprise… en seulement trois ans! Mais bon, j’ai bien l’intention de me calmer maintenant, je suis vraiment bien là ou je suis et j’aspire à plus de stabilité!

        1. Changer c’est bien mais ça doit être un souhait. J’ai beaucoup déménagé pendant mes études (pas plus de 10mois au même endroit) et quand je suis venue à Madrid, j’avais l’espoir de me poser et de gagner en stabilité. Bouger c’est bien mais des fois ça fait du bien de s’installer aussi, je comprends totalement ton ressenti 🙂

  5. Heureuse de voir que tu t’y retrouves aussi ! C’est vrai que comme toi je ne m’implique pas beaucoup dans les activités associatives à cause de la langue. Après ça ne me gêne pas au quotidien car je trouve souvent une alternative (yoga en français ou en anglais par exemple) et puis surtout c’est tellement insignifiant ce type de détail quand on sent qu’on est heureux ! Quand j’habitais à Paris je parlais la langue mais je ne m’y sentais pas bien donc quitte à choisir … je préfère le bien-être au quotidien ! Bonne continuation à toi 🙂

  6. J’aime ce bilan parce qu’il me fait penser au mien, sauf que j’ai pris la direction inverse en allant en Allemagne. Mais j’ai la meme chance au travail, et un vrai plaisir à etre ici aprés 3 ans de vie active dans ma petite ville.
    Il est dur de trouver ce que je regrette, tant les points positifs prennent le dessus au quotidien. Je dirais le froid et le fait de ne pas m’impliquer autant que je le voudrais dans la vie associative à cause de la barriÈre de la langue, qui est quand meme toujours un peu à: aprés avoir bossé toute la journée en allemand, je n’ai vraiment pas envie de refaire des activités dans cette langue sur mon temps libre!

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